La gestion des Noms de domaines se complique encore.

La gestion des noms de domaine pour une entreprise peut parfois s’apparenter à un exercice d’équilibre difficile entre efficacité, sécurité et maîtrise des coûts. Cet exercice incontournable se complique encore ce mois-ci avec deux nouveautés importantes à prendre en compte.

Les extensions de domaine personnalisées arrivent :
(.mamarque)

L’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) a lancé le programme international pour le dépôt de nouvelles extensions internet, baptisé NewgTLDs (generic Top-Level Domain). Il permet de déposer un dossier pour acheter une extension de domaine personnalisée. Pour mieux comprendre, à ce jour, la plus répandue est le « .com ».
Il est maintenant possible de déposer n’importe quel mot derrière le point. On va trouver deux sortes de nouvelles extensions : Il y a des mots génériques que veulent s’attribuer des entreprises, par exemple « Livre ». Et on retrouve évidemment des noms d’entreprises, des marques, et des noms de villes ou de collectivités territoriales.

Le coût de dépôt s’élève à 185.000 $. Auquel il faut ajouter les frais technologiques. Chaque propriétaire d’une extension deviendra un Registry libre de vendre, louer, ou attribuer ses noms de domaines, et de sous-domaines, comme il le souhaite.
Les premières nouvelles extensions personnalisées entreront en service normalement l’an prochain.

1930 demandes sont déposées au niveau mondial au cours de la première phase d’appel à candidature. Google en a déposé 101 et Amazon 76.

NewgTLDs en France :

Regardons de plus près les demandes déposées en France. On dénombre 54 extensions pionnières. Dont pas moins de 14 sont demandées par le seul groupe L’Oréal.

Il y a des grandes entreprises industrielles comme « AIRBUS », « ALSTOM », « ASTRIUM », « TOTAL », « SANOFI » ou encore la publique « SNCF ».

On trouve un seul distributeur : « LECLERC ». Quid des autres ?
« CASINO » aura peu de chances de disposer de son extension à l’avenir car elle fait l’objet de 4 autres demandes étrangères.

Un seul acteur des télécoms : « SFR ». On remarque cependant que si « ORANGE » n’est pas souhaité ici par France Télécom, il est demandé par Orange Brand Services Limited en Grande Bretagne. Et « FREE » fait l’objet de 5 demandes hors de l’hexagone pour des entreprises différentes de l’opérateur français.

On compte seulement 4 appellations géographiques de collectivités territoriales : « PARIS », « AQUITAINE », « ALSACE » et « CORSICA » . Il faut bien comprendre que contrairement à la règle pour le .fr il n’y a pas de termes réservés.

Coté médias, on remarque seulement 2 demandes en TV : « ARTE » et « CANALPLUS ».

4 entreprises du secteur Bancassurance ont fait des demandes : « AXA », « BNPPARIBAS » , « MMA » et la « MAIF »

Un seul purplayer de l’e-commerce a demandé son extension : « AQUARELLE »

 

Les accents sont possibles sur les domaines en .fr :
(francetélécom.fr)

Jusqu’ici les noms de domaines n’avaient pas de caractères spéciaux comme les accents. Cet héritage des débuts de l’informatique, pour éviter les erreurs d’encodage, disparait. Aujourd’hui l’AFNIC (Association Française pour le Nommage Internet en Coopération) autorise désormais les caractères spéciaux dans les domaines en « .fr ».
Dès le 3 juillet il ne sera plus obligatoire de posséder le même nom de domaine sans accents pour pouvoir déposer celui accentué. Le coût reste ici assez symbolique pour une organisation.

 

On peut se poser la question de l’utilité de ces « innovations » en matière de nom de domaines.
Pour certains, ces réformes introduisent plus de confusion encore entre les différents noms de domaines proches. Pour d’autres, elles apportent au contraire plus de confiance. Pour beaucoup, elles obligent les éditeurs de sites internet à réserver toujours davantage de noms de domaine à renouveler chaque année. Pour beaucoup d’entreprises, et notamment les plus petites, ces évolutions apparaissent de plus en plus  comme des dépenses contraintes quasi-obligatoires et donc une manne toujours plus grande pour les autorités régissant les noms de domaine.

La gestion et la rationalisation de son portefeuille de noms de domaine pour une entreprise est incontournable. Le succès de ces nouveautés dans les usages n’est pas garanti. La question de leur prise en compte se pose alors. On constate d’ailleurs que les entreprises qui prennent les devants sont encore peu nombreuses.
Mais les risques sont réels : Sur le référencement d’abord, on ne sait pas encore quels impacts ces réformes auront sur le search. Or la question du nom de domaine est importante en SEO. Aussi, on ne sait si leurs usages vont entrer dans les habitudes des internautes. Le risque d’usurpation et donc sur la sécurité des marques, est à considérer en premier. La législation habituelle sur les droits de propriété intellectuelle et sur la concurrence déloyale s’appliquent dans certains cas, mais sa mise en ouvre est couteuse en ressources dont en temps. On se souvient, par exemple, du long cybersquattage de « france2.com ».  Parfois, comme on l’a vu pour les extensions, par exemple pour casino, la concurrence pour une même marque est mondiale. Le premier demandeur validé par les autorités concernées sera propriétaire.

« La gouvernance d’Internet » prend encore de l’importance. Pour une organisation, il vaut donc mieux réfléchir à deux fois sur sa stratégie en matière de gestion de portefeuille d’URL : de noms de domaine et d’extensions, mais aussi de pseudo sur les réseaux. Aussi, il est primordial d’anticiper et de mettre en place une veille sur les évolutions des possibilités et des usages.

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4 réflexions au sujet de « La gestion des Noms de domaines se complique encore. »

    • Numéricable est particulièrement un FAI. Il en fait donc partie, mais je crois qu’il n’y a pas d’activités de téléphonie fixe hors via IP et de télécom mobile.
      Cette entreprise n’a pas déposé de demande concernant les nouvelles extensions de domaine en France.

  1. Merci pour votre étude et analyse de ces évolutions sur les noms de domaine.
    Pourquoi il n’y a pas plus de régions qui ont déposé leur nom ?

    • Merci à vous.
      A mon avis, il y a plusieurs explications à ce faible taux de dépôt pour les collectivités territoriales que sont les villes, les départements ou les régions de France. D’abord beaucoup de collectivités pensent d’abord en terme de coût. Il reste très élevé. Seules celles qui ont de fortes retombées économiques dans le tourisme peuvent et doivent alors investir. Ensuite certaines n’ont pas de réelle politique de gestion en la matière et n’ont pas en interne les compétences nécessaires. Aussi certaines peuvent penser, comme se fut le cas pour le .fr, que leur nom leur est réservé. Ce qui n’est pas le cas ici.

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